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Le 17 septembre 2002 doit avoir lieu à Paris un procès intenté
à Michel Houellebecq par plusieurs associations islamiques pour
« provocation à la discrimination, à la haine ou à la
violence […] et injure envers un groupe de personnes en raison
de leur appartenance à une religion déterminée, en l’espèce,
l’Islam. » Cette accusation fait suite aux propos tenus
par l’auteur de Plateforme lors d’un entretien paru
dans le magazine Lire où il avait déclaré, entre
autres : « Et la religion la plus con, c’est quand
même l’Islam. »
Or, cette accusation feint d’oublier
que l’entretien
concernait les personnages d’un roman, qu’il a été amputé
de plusieurs phrases qui le nuançaient et qu’il a été placé
sous l’éclairage réducteur d’un éditorial malveillant.
Surtout elle ignore l’arrière-fond
théorique de sa critique, que Michel Houellebecq précisait peu
après dans un entretien diffusé sur le site d’Amazon.fr :
« Je pense qu’il y a une erreur intellectuelle dans le
fait d’avoir un unique principe organisateur » et qui
prouve qu’il se situait dans le cadre d’une réflexion sur
les principes du monothéisme et nullement dans celui d’une
provocation à la haine religieuse.
Même sans ces nuances importantes, les poursuites qui visent
Michel Houellebecq sont abusives. S’appuyant paradoxalement
sur deux articles de la loi du 29 juillet 1881 destinée à
garantir la liberté de la presse, elles reviennent à rétablir
le délit de blasphème, aboli en France de facto depuis
la Monarchie de Juillet et en droit depuis la séparation de
l’Eglise et de l’État. Avoir un avis sur les religions, préférer
l’une à l’autre ou les rejeter toutes relève de la liberté
d’expression la plus élémentaire dans une démocratie comme
la nôtre. La laïcité est un acquis de notre histoire, un
droit conquis de haute lutte. Il n’est pas question de revenir
en arrière et de voir resurgir, à l’instigation d’autres
religions, le comportement liberticide auquel l’église
catholique a dû renoncer.
À l’aune d’une telle procédure, maints grands auteurs
n’auraient pu écrire ce qu’ils ont écrit sur l’Islam :
ni Montaigne (Essais, II, 12), ni Pierre Charron (Traité
des trois vérités, II, 11), ni Pascal (Pensées,
section IX, §§ 597-598), ni Spinoza (lettre n° 43 à Jean
Oosten), ni Voltaire (Mahomet), ni Schopenhauer (Suppléments
au Monde comme volonté et comme représentation, ch.
27), ni, plus près de nous, Claude Lévi-Strauss, de l’Académie
française (Tristes Tropiques, 9e partie, ch.
39 et 40).
Dans ces conditions, les soussignés demandent la relaxe de
Michel Houellebecq et la condamnation de ses accusateurs pour
procédure abusive. |