Mes réserves concernant la littérature par Internet ont à peine décru ; je continue à considérer que le livre est intrinsèquement supé­rieur : à la fois plus pratique, plus maniable et plus beau ; les e-books, plus encore qu’Internet, sont une catastrophe, je ne comprends même pas comment on a osé mettre sur le marché une merde pareille.

Il existe cependant de nombreux endroits du monde où des francophones vivent, et où il est à peu près impossible de trouver un livre en français. Dans certains de ces endroits la poste est douteuse, et Internet semble à peu près la seule chose qui fonctionne (c’est parti­culièrement net en Russie). Dans d’autres, comme les pays mu­sul­mans, Internet semble le meilleur moyen d’échapper à la censure.

Tout cela, après de longues hésitations, m’a conduit à recon­sidérer ma position, et à favoriser le téléchargement de certains textes. J’ajoute qu’il s’agissait aussi, par le biais d’une augmentation de la cotisation, de permettre la survie de cette association (aucune associa­tion, même si tous ses membres sont bénévoles, ne peut, j’ai bien dû m’en rendre compte, fonctionner entièrement sans argent).

J’ajoute enfin que mes réserves concernant Internet valent surtout lorsqu’on le compare au livre. Pour tout ce qui est musique, photographie, et probablement vidéo, Internet me paraît au contraire un moyen de diffusion idéal. Mais, là, ce sont plutôt les compé­tences techniques qui me manquent.

Berlin, le 25 février 2002.

Michel HOUELLEBECQ